Plusieurs centaines de personnes (entre 750 selon la Sûreté publique et un peu plus de 1 000 selon les syndicats) ont défilé vendredi 10 avril dans les rues de la Principauté à l’appel de l’Union des syndicats de Monaco (USM). Deux cortèges, partis de Fontvieille et de l’église Saint-Charles, ont convergé vers la place Sainte-Dévote avant de se diriger vers les Caisses de compensation des services sociaux (CCSS).
Fonctionnaires et salariés de l’hôtellerie, de la restauration, du spectacle et du bâtiment ont battu le pavé dans une mobilisation interprofessionnelle inédite par son ampleur depuis plusieurs années. Le mouvement s’est placé sous le mot d’ordre « Ciü Forti Ünseme » — plus forts ensemble.
La revendication centrale porte sur l’abrogation de la réforme de la Caisse autonome des retraites (CAR) adoptée en 2012, que l’USM juge durablement défavorable aux salariés. Selon les syndicats, cette réforme aurait engendré, sur une carrière entière, une perte de points équivalant à huit années de travail. Rappelons que les caisses de retraite monégasques restent, dans leur ensemble, excédentaires, ce qui différencie la situation de la Principauté de celle de ses voisins. Mais le gouvernement estime que l’allongement de l’espérance de vie fragilise structurellement le système et prépare une nouvelle réforme. Un groupe de travail doit proposer des options en juin, entre allongement de la durée de cotisations, hausse des cotisations ou ajustement des pensions. C’est précisément cette perspective qui a mis le feu aux poudres.
Pour l’USM, la logique est claire : les salariés auraient perdu près de dix points dans la répartition de la richesse produite à Monaco en un peu plus de dix ans, ce qui rend inacceptable, à leurs yeux, qu’on leur demande de nouveaux efforts. L’organisation revendique une contribution accrue des employeurs et le maintien de pensions à un niveau digne. Elle réclame aussi une revalorisation du salaire minimum — le SMIM — porté de 2 000 à 2 620 euros pour 39 heures hebdomadaires, ainsi qu’une indexation de l’ensemble des salaires sur l’évolution du coût de la vie.
Des griefs qui dépassent la seule question des retraites
La mobilisation du 10 avril a aussi été l’occasion d’exprimer d’autres frustrations accumulées. Les auxiliaires de puériculture, dont la dernière action remontait au 13 mars, étaient en première ligne. Elles réclament cinq jours de congés payés supplémentaires et dénoncent un taux d’absentéisme élevé, une pénibilité physique et psychologique importante et un manque de recrutement chronique, sans avoir reçu à ce jour de réponse de la mairie. L’absence de compte formation à Monaco a également été pointée : un salarié peut y travailler des années sans accéder à aucun dispositif de formation professionnelle.
La question du licenciement sans motif, dit « article 6 », a aussi traversé les prises de parole. Depuis plus de trente ans, l’USM combat cette disposition de la loi n° 729 du 16 mars 1963, qui fait de Monaco le seul pays d’Europe où un employeur peut mettre fin à un contrat sans en justifier le motif, générant selon les syndicats une pression permanente sur les salariés.
Les revendications portent enfin sur l’égalité des droits sociaux entre toutes les nationalités travaillant en Principauté, ainsi qu’entre les hommes et les femmes. Monaco compte quelque 5 000 fonctionnaires et plus de 60 000 salariés du secteur privé, pour l’essentiel des étrangers — Français, Italiens, Portugais, Roumains — dont les rémunérations nettes peuvent être jusqu’à 30 % supérieures à celles proposées en France. Une réalité que les manifestants nuancent : trajets contraignants, semaines de 41 heures, travail physique intense pèsent dans l’autre plateau de la balance.