Fondé en 2005 sous forme hebdomadaire, L’Observateur de Monaco s’était progressivement imposé comme l’un des titres de référence de la presse locale. Devenu mensuel dès 2007, le magazine avait publié plus de 260 numéros, couvrant l’actualité politique, économique, sociale et culturelle de la Principauté sous tous ses angles. Son numéro 260, daté de février 2026, est paru avec une interview du président de la FEDEM sur la semaine de quatre jours sans que rien, en apparence, ne laisse présager une fin imminente.
Un titre aux multiples propriétaires
La trajectoire éditoriale du magazine fut marquée par plusieurs changements de mains. À sa création, L’Observateur de Monaco appartient à Enrico Braggiotti, avant de passer entre les mains de Patrice Pastor, puis d’être acquis par Maurice Cohen en janvier 2010. En août de la même année, Francesco Caroli en prend le contrôle via son Groupe Caroli, conglomérat monégasque fondé en 1978 et actif dans l’immobilier, la communication, l’événementiel et la presse. C’est sous cette dernière propriété que le magazine connaît sa plus longue période de stabilité, intégrant la division médias du groupe aux côtés de l’hebdomadaire Monaco Hebdo.
Depuis 2012, le titre avait également développé une présence numérique avec son site d’information, accessible sur tous supports. Sa première rédactrice en chef, Catherine Boniffassi, avait posé les bases d’une ligne éditoriale à la fois analytique et magazine, mêlant reportages de fond, portraits et actualités de la vie monégasque. À sa fermeture, la rédactrice en chef était Sabrina Bonarrigo, entourée notamment de la journaliste Anne-Sophie Fontanet.
Une disparition ressentie comme une perte pour le pluralisme
Dans un communiqué diffusé à l’annonce de la fermeture, le SJPM a exprimé sa « profonde tristesse » et qualifié l’événement de « perte majeure pour le paysage médiatique monégasque ». Le syndicat souligne que pendant deux décennies, le magazine « a contribué au pluralisme de l’information et à l’éclairage du débat public, en donnant aux citoyens les clés de compréhension nécessaires sur les enjeux politiques, économiques, sociaux et culturels ».
Au-delà de la disparition du titre lui-même, ce sont des emplois de journalistes qui se trouvent fragilisés. Le SJPM lance un appel solennel à d’éventuels repreneurs « investisseurs, entrepreneurs ou acteurs des médias » susceptibles de s’engager en faveur de la liberté de la presse et de préserver les compétences éditoriales de l’équipe en place.
Un contexte de structuration de la profession
La fermeture de L’Observateur de Monaco intervient dans un moment charnière pour la profession journalistique en Principauté. En décembre 2025, le Conseil National a adopté une proposition de loi visant à instaurer un statut officiel pour les journalistes à Monaco une revendication portée de longue date par le SJPM. Le texte, porté par le président Thomas Brezzo et le vice-président Jean-Louis Grinda, prévoit la création d’une carte de presse monégasque délivrée par une commission indépendante et paritaire, ainsi que des protections sociales et juridiques renforcées, notamment la protection du secret des sources.
« Afin de répondre à cette réalité […], le Conseil national a souhaité engager une réflexion visant à doter la Principauté d’un cadre souple et équilibré, comparable aux standards des États voisins et des pays membres de la Fédération internationale des journalistes (FIJ) », avait déclaré Jean-Louis Grinda lors de la présentation de la proposition. Une disposition qui doit encore faire l’objet d’un projet de loi définitif dans les dix-huit mois à venir, en collaboration avec le gouvernement et le Monaco Press Club.
Pour le SJPM, la disparition du mensuel illustre justement l’urgence de ce chantier. Dans son communiqué, le syndicat appelle à « ouvrir un dialogue structuré et ambitieux sur l’avenir de la profession », rappelant également la nécessité de réfléchir à une convention collective monégasque pour les journalistes.
Un paysage médiatique sous tension
Avec la disparition de L’Observateur de Monaco, le paysage médiatique de la Principauté se resserre un peu plus. Monaco dispose d’un nombre limité de médias d’information généraliste : outre Monaco Hebdo (hebdomadaire, lui aussi édité par le Groupe Caroli), la Principauté est principalement couverte par Monaco-Matin (quotidien régional du groupe NJJ/Le Monde), la radio Radio Monaco et les médias institutionnels comme le Journal de Monaco (bulletin officiel). L’existence d’un mensuel indépendant à vocation analytique constituait donc une voix singulière dans cet écosystème restreint.
Le SJPM rappelle par ailleurs son appartenance depuis 2011 à la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ), organisation représentant quelque 600 000 journalistes dans plus de 140 pays, ce qui confère à ses prises de position un ancrage dans les standards internationaux de la profession.
La question d’une éventuelle reprise du titre reste ouverte. En attendant, la Médiathèque de Monaco conserve dans ses collections les 260 numéros du magazine, dernier témoignage d’une aventure éditoriale qui aura duré deux décennies au service de l’information monégasque.