Réuni en assemblée plénière à Paris du 28 au 30 octobre 2026, le Groupe d’action financière (GAFI) a acté ce vendredi la sortie de Monaco de sa « liste grise ». Celle-ci recense les juridictions placées sous surveillance renforcée en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et de la prolifération des armes de destruction massive, ainsi que la corruption. Une délégation monégasque assistait aux travaux.
Rappelons que la Principauté avait été inscrite sur cette liste en juin 2024. Le Gouvernement s’était alors donné jusqu’à janvier 2026 pour en sortir, avec deux points d’étape en 2025, avant que l’échéance ne soit reportée à juin 2026, comme l’avait rapporté Monaco Tribune. C’est finalement à l’automne que la décision est tombée. Elle repose sur les rapports de progrès remis par Monaco depuis 2024 et sur la visite sur place effectuée par le GAFI en septembre. Dès juin 2026, à l’adoption du quatrième rapport de progrès, l’organisation avait estimé à titre préliminaire que le plan d’action fixé en 2024 était en grande partie réalisé.
Les réformes engagées portent sur six chantiers. Monaco a d’abord affiné son évaluation des risques de blanchiment, notamment de ceux qui découlent de fraudes fiscales commises à l’étranger. La Principauté adresse aussi davantage de demandes d’entraide aux autorités étrangères pour identifier et saisir des avoirs d’origine criminelle, et traite en priorité les demandes pénales qu’elle reçoit. Les sanctions ont été nettement alourdies, qu’elles visent les professionnels qui manquent à leurs obligations anti-blanchiment ou ceux qui ne respectent pas les règles de transparence sur les bénéficiaires effectifs des sociétés. L’Autorité monégasque de sécurité financière (AMSF), qui supervise les professionnels et fait office de cellule de renseignement financier, a vu ses effectifs multipliés par quatre et atteindra 80 personnes fin 2026. Selon le Gouvernement, les déclarations d’opérations suspectes sont désormais de meilleure qualité et traitées plus vite. La justice a obtenu des moyens supplémentaires, et les saisies et confiscations de biens soupçonnés de provenir d’activités criminelles sont en nette hausse. Sur le plan technique, le Comité MONEYVAL du Conseil de l’Europe avait déjà reconnu en décembre 2024 que Monaco respectait 39 des 40 recommandations du GAFI.
Pour le ministre d’État Christophe Mirmand, cette décision vient récompenser « plus de deux années de travail concret, rigoureux et concerté », mené sous l’impulsion du Prince Albert II. Il refuse toutefois d’y voir « une ligne d’arrivée » et annonce que les réformes se poursuivront.
De son côté, le Conseil National rappelle que les élus ont examiné et voté de nombreux textes pour aligner le droit monégasque sur les standards internationaux, et qu’ils ont accordé les moyens budgétaires nécessaires aux services concernés. L’assemblée salue aussi l’effort humain et organisationnel consenti par les professionnels soumis aux obligations anti-blanchiment, effort que le Gouvernement reconnaît également.
Cap sur la liste européenne
Le dossier n’est pas clos pour autant. Pour le président du Conseil National, Thomas Brezzo, « la prochaine étape sera le retrait de Monaco de la liste de l’Union européenne ». En juin 2025, la Commission européenne avait inscrit la Principauté sur sa liste des pays tiers à haut risque, comme elle le fait systématiquement pour les juridictions placées sur la liste grise du GAFI. Cette inscription oblige les établissements européens à exercer une vigilance accrue sur les opérations liées à Monaco. Thomas Brezzo plaide pour « un temps d’avance » afin de ne plus agir dans l’urgence.
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