La décision de la LNB de débloquer 500.000 euros pour éviter une grève des joueurs de l’AS Monaco soulève de vives tensions dans le basket français. Entre nécessité sportive et rupture d’équité, l’intervention divise.
Dimanche 9 février, l’AS Monaco l’a emporté 92-78 sur le parquet de l’Élan Chalon dans un contexte pour le moins particulier. Quelques heures plus tôt, les joueurs monégasques menaçaient encore de faire grève, impayés depuis plusieurs semaines. C’est finalement l’intervention surprise de la Ligue Nationale de Basket qui a débloqué la situation.
Une enveloppe de 500.000 euros, versée au syndicat des joueurs pour redistribution à l’effectif de Monaco, a permis d’éviter le scénario catastrophe. Selon Philippe Ausseur, président de la LNB : « Avec cette avance, on a sauvegardé le championnat » Creusot Infos. Mais cette générosité express pose une question fondamentale : tous les clubs sont-ils égaux devant les difficultés ?
Un traitement de faveur ?
Pour de nombreux présidents de clubs, la réponse est non. Paul Seignolle, président de l’ADA Blois Basket, ne décolère pas : « Alors que j’avais sollicité lors de la dernière assemblée générale en juin que les clubs puissent percevoir une partie des bénéfices que la LNB avait réalisés, nous apprenons que la LNB joue le rôle des AGS et débloque 500.000 euros… et on ose parler d’équité ! » selon BeBasket
Yann Rivoal, président de l’ESSM Le Portel, abonde : « Il y a un deux poids, deux mesures. On nous tombe dessus quand on présente 200.000 euros de différence dans notre atterrissage budgétaire et on nous retire une victoire. Là, Monaco doit de l’argent depuis des lustres, est sanctionné et rien n’arrive« .
Le cas de Limoges, club historique qui n’a bénéficié d’aucune aide similaire lors de ses difficultés récentes, revient systématiquement dans les discussions. Un précédent qui accentue le sentiment d’inégalité de traitement.
Une crise aux proportions démesurées
Il faut dire que les chiffres donnent le vertige. Le club monégasque affiche cette saison le plus gros budget de l’histoire du basket français : 38,7 millions d’euros. À titre de comparaison, l’Élan Chalon évolue avec un budget d’environ 7,5 millions d’euros.
La situation financière de Monaco s’est dégradée depuis le gel des avoirs de son propriétaire Aleksej Fedorycsev, dans le contexte des sanctions internationales liées au conflit russo-ukrainien. Le déficit d’exploitation de Monaco pour cette saison atteint 20,2 millions d’euros selon les rapports officiels de la LNB, tandis que le passif cumulé du club est estimé à environ 15 millions d’euros.
Une décision prise dans l’urgence
Philippe Ausseur justifie cette intervention par l’urgence absolue : « L’Élan Chalon nous a appelés très inquiets en sachant que Monaco ne voulait pas venir. Les diffuseurs également ont un peu paniqué » rapporte Creusot Infos.
Le président de la LNB assure qu’il ne s’agit ni d’un don ni d’une aide au club, mais d’une avance exceptionnelle transitant par le syndicat des joueurs. Dans un courriel adressé aux clubs que L’Équipe s’est procuré, la LNB a reconnu avoir agi sans consulter son comité directeur, présentant ses excuses pour « ce manquement majeur » tout en invoquant l’urgence.
Le timing interroge également. La décision a été prise le samedi, à quelques heures d’un match diffusé en direct sur la chaîne L’Équipe le dimanche. Une coïncidence qui alimente les spéculations sur une volonté de protéger les droits télévisés et l’image du championnat.
Monaco, locomotive du championnat ?
Pour Philippe Ausseur, Monaco n’est pas un club comme les autres. Il représente une vitrine pour le basket français, attirant les stars et remplissant les salles adverses. Perdre Monaco en cours de saison aurait été catastrophique pour la crédibilité du championnat et pour les finances de tous les clubs qui bénéficient de la « recette Monaco » lors de la venue de l’équipe princière.
Mais cette logique économique justifie-t-elle un traitement différencié ? Pour Paul Seignolle, la ligne rouge est franchie. Dans un message provocateur adressé à ses confrères sur les réseaux sociaux, il lance : « Arrêtons de payer nos joueurs et sollicitons la LNB ! »
Une fracture béante
Au-delà du cas Monaco, c’est la gouvernance du basket professionnel français qui est remise en cause. La Direction Nationale du Contrôle de Gestion (DNCG), qui aurait dû tirer la sonnette d’alarme bien avant, est également pointée du doigt pour son manque d’anticipation.
Cette affaire pourrait marquer un tournant dans les relations entre les clubs et leur instance dirigeante. Plusieurs présidents n’excluent pas des actions en justice ou des motions lors des prochaines assemblées générales.
En attendant, Monaco continue sa route en tête du championnat avec 10 victoires consécutives. Mais la victoire de dimanche à Chalon a un goût amer : celui d’un championnat où les règles ne semblent pas s’appliquer uniformément à tous.
Prochain rendez-vous crucial : le déplacement de Monaco à Nanterre dimanche prochain, dans ce qui s’annonce comme un choc explosif sur et en dehors du parquet.